Au siège de GiFi, des salariés priés de ne pas parler aux journalistes
À Villeneuve-sur-Lot, le personnel doit se taire pendant que d’anciens collègues décrivent un logiciel défaillant et des équipes démotivées.
En bref
- GiFi a déposé le bilan et demandé un redressement judiciaire.
- La direction assure que les magasins restent ouverts et que la paie d’octobre sera versée.
- D’anciens salariés décrivent un déclin interne et craignent une casse sociale.
À Villeneuve-sur-Lot, le personnel du siège de GiFi attend des réponses depuis que l’entreprise a déposé le bilan et sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, comme le rapporte La Dépêche. Des anciens salariés expliquent qu’ils s’attendaient à cette issue.
Ce que la direction a promis aux équipes
Pour les six cents personnes employées au siège, l’avenir reste dans le flou depuis l’annonce du dépôt de bilan, une situation qui inquiète jusque dans le Villeneuvois. Patrick Puy, qui préside désormais le directoire, a voulu calmer les inquiétudes dans un message interne : le groupe poursuit son activité et les points de vente gardent leurs portes ouvertes. Il succède à trois autres dirigeants en moins de deux ans.
D’après ce courriel, rien ne change dans l’immédiat pour les postes et les contrats de travail. Aucun plan de sauvegarde de l’emploi n’est lancé à ce stade, et la paie d’octobre sera versée.
Silence imposé, solidarité affichée
Le quotidien a tenté de recueillir la parole de salariés du siège, qui travaillent pour la plupart sur ce site, sans succès. La nouvelle direction leur a adressé mardi soir une communication interne leur demandant de ne pas s’exprimer.
Dès l’annonce du dépôt de bilan dans les médias, des habitants de Villeneuve, pour qui l’enseigne est une véritable institution, ont exprimé leur attachement à la marque sous une publication du maire, Guillaume Lepers. Le boxeur professionnel Samir Ziani, longtemps sponsorisé par l’enseigne, y a écrit que « GiFi fait partie de notre vie ». Plusieurs commentateurs appellent à un élan de solidarité pour sauver les emplois.
Ce que racontent d’anciens salariés
Chez ceux qui ont quitté l’entreprise, la parole est plus libre. Leurs récits décrivent un déclin, même si leurs réactions diffèrent : certains sont attristés, d’autres incrédules face à une situation qu’ils anticipaient.
- Des ventes en chute. Une ancienne salariée du siège, en poste entre 2023 et 2024, affirme que dès la fin 2023 les ventes avaient baissé de quasiment 70 %, après le passage à un nouveau logiciel où plus rien ne fonctionnait. Elle y voit aussi un gros problème d’adaptation face à la concurrence.
- Un service disparu. Selon elle, son ancien service n’existe plus. D’anciens collègues lui ont demandé s’il y avait du travail dans son entreprise actuelle, des licenciements leur étant annoncés depuis l’année précédente.
- Un personnel démotivé. Un ex-employé, qui a démissionné il y a deux semaines après neuf ans de maison, décrit des équipes très démotivées, qui espèrent des consignes claires et travaillent dans le flou. Il dit avoir vu partir de nombreux bons éléments, par crainte de ne pas avoir d’avenir dans l’entreprise.
- Un espoir teinté de craintes. Une ancienne gérante de boutiques en Bretagne, pendant une dizaine d’années, pense que l’entreprise sera sauvée, tout en redoutant un peu de casse sociale.
Cette même gérante dit sa tristesse pour l’enseigne et pour ses dirigeants historiques :
« Je suis déçue pour l’enseigne. Surtout pour l’ancien PDG, Philippe Ginestet, et sa famille, parce qu’ils se sont énormément investis. »
Ancienne gérante de plusieurs boutiques GiFi en Bretagne
Elle ajoute que l’issue n’est pas encore connue et que la situation ternira l’image de l’enseigne.
L’ancienne salariée du siège dit, elle, s’inquiéter davantage pour les employés que pour l’entreprise elle-même. Elle estime que cette situation était prévisible face à la concurrence chinoise et parle d’un « petit choc ». Son ex-collègue démissionnaire juge pour sa part qu’un véritable électrochoc serait nécessaire pour tout remettre à plat et replacer les attentes des clients au cœur des décisions.
Photo : David Kanigan / Pexels
