Économie

Emploi à Toulouse : trois lectures d’un marché diversifié

Le classement LinkedIn, la conjoncture Insee et les études de l’AUAT éclairent Toulouse sous des angles différents, entre recrutements, emploi salarié et évolution des métiers.

Emploi à Toulouse : trois lectures d’un marché diversifié
Diverse team of adults engaged in a meeting using laptops in a modern office setting. Cette photographie accompagne l’article « Emploi à Toulouse : trois lectures d’un marché diversifié ».

Toulouse figure à la sixième place du premier classement français des « Villes en Croissance » publié par LinkedIn. Ce résultat renseigne sur une dynamique de recrutements, d’offres et de mobilités professionnelles. Il ne résume toutefois ni l’ensemble de l’emploi local ni les évolutions observées par les statistiques publiques. En rapprochant ce palmarès des données de l’Insee et des travaux de l’AUAT, le marché toulousain apparaît à la fois spécialisé, diversifié et soumis à des temporalités différentes.

En bref

  • Toulouse est sixième du classement LinkedIn fondé sur les recrutements, les offres et les mobilités professionnelles.
  • L’Insee relève une hausse régionale de l’emploi salarié en 2024, mais une stagnation en Haute-Garonne sur le trimestre.
  • Les métiers résidentiels représentent six emplois sur dix exercés par les habitants de Haute-Garonne.
  • Le vieillissement des actifs pose des enjeux de renouvellement des compétences dans plusieurs professions.

Un classement centré sur les recrutements et les mobilités

Publié le 22 juillet 2026, le palmarès LinkedIn ne classe pas les métropoles selon le seul nombre d’offres disponibles. Il retient la croissance des recrutements, l’évolution du volume d’offres et les flux de professionnels entre territoires. Pour être sélectionnées, les villes devaient atteindre au moins le 50e centile sur chacun de ces trois indicateurs. Dans ce cadre, Toulouse se classe sixième, devant Montpellier, Bordeaux, Rennes et Nantes.

Le profil toulousain décrit dans l’analyse du classement LinkedIn fait ressortir la fabrication de matériel de transport, les services et le conseil en informatique, les services aux entreprises, l’enseignement supérieur et la tech. Cette liste reflète les recrutements recensés sur la période étudiée par la plateforme. Elle ne constitue pas un décompte de tous les emplois exercés dans la métropole.

Le télétravail partiel fait aussi partie des indicateurs mis en avant. Selon les données reprises par Le Journal Toulousain, 32,2 % des emplois proposés à Toulouse comportaient cette possibilité, contre 30,3 % à Bordeaux et 29,7 % à Rennes. Le chiffre porte donc sur les emplois proposés dans le périmètre de l’étude. Il ne permet pas d’établir la part de l’ensemble des salariés toulousains travaillant à distance, ni les conditions effectives proposées par chaque employeur.

Montpellier, classée septième, présente un profil différent. L’enseignement supérieur y arrive en tête des secteurs recruteurs identifiés, devant la tech, les services et le conseil en informatique, la recherche et les services aux entreprises. Avec 34,3 % d’emplois proposés en mode hybride, la métropole affiche le taux le plus élevé du top 10 selon cette source. La comparaison dessine des spécialisations distinctes, plus qu’elle ne désigne une ville gagnante pour tous les métiers.

Les données conjoncturelles invitent à changer d’échelle

Les chiffres de l’Insee portent sur un autre périmètre et une autre période. Entre fin juin et fin septembre 2024, l’emploi salarié total a progressé de 0,2 % en Occitanie, soit 5 500 emplois supplémentaires. À la fin de septembre, il dépassait de 0,7 % son niveau d’un an auparavant, avec 14 800 salariés de plus dans la région.

Women in a textile factory, working on machinery, showcasing teamwork and industry.
La fabrication de matériel de transport figure parmi les secteurs recruteurs relevés pour Toulouse. Source: Pexels. Attribution: EqualStock IN. Licence: Pexels License.

Cette progression régionale ne s’est pas traduite de la même manière dans tous les départements. En Haute-Garonne, l’emploi salarié total a stagné au troisième trimestre 2024. L’Insee attribue ce frein à un repli dans les activités tertiaires de la filière aérospatiale. Cette nuance rappelle qu’une place élevée dans un classement de dynamique professionnelle ne se confond pas avec une hausse uniforme de l’emploi salarié à chaque date et dans chaque secteur.

La photographie régionale demeure elle-même contrastée. Au troisième trimestre 2024, l’emploi a progressé dans les services non marchands et augmenté de 0,2 % dans l’industrie. La construction a également connu une légère hausse de 0,2 %, après plusieurs trimestres de recul. Dans le tertiaire marchand hors intérim, l’emploi s’est stabilisé à +0,1 %, tandis que l’intérim a reculé de 0,8 %.

Dans l’industrie, l’Occitanie a gagné 500 emplois sur le trimestre. Les deux tiers de ces créations relevaient de la fabrication de matériels de transport, secteur qui comprend les constructeurs aéronautiques. L’emploi a aussi progressé dans l’hébergement et la restauration, les activités financières et d’assurance ainsi que les services aux entreprises. À l’inverse, l’information et la communication ont reculé de 0,3 % et les activités immobilières de 1,2 %.

Ces données sont détaillées dans la note de conjoncture de l’Insee en Occitanie. Elles reposent sur l’emploi salarié, avec des données provisoires pour le dernier trimestre et corrigées des variations saisonnières. Leur lecture ne doit donc pas être remplacée par celle des offres publiées sur une plateforme, qui répond à une autre question.

Une économie locale qui dépasse les secteurs les plus visibles

Les études de l’AUAT ajoutent une lecture de long terme sur la Haute-Garonne et l’aire d’attraction de Toulouse. Elles rappellent que l’économie départementale ne se limite pas à l’aéronautique et au spatial. Sur les 650 000 emplois recensés dans le département, six sur dix exercés par ses habitants relèvent de métiers résidentiels, liés notamment à la santé, à l’éducation, au commerce, aux services publics et au petit artisanat.

Cette composante de proximité complète l’image donnée par les secteurs industriels, numériques ou universitaires. Elle compte aussi dans les besoins de recrutement locaux. L’AUAT indique que les intentions d’embauche sont devenues plus nombreuses et plus diversifiées, tout en soulignant qu’il s’agit d’une analyse de temps long, susceptible d’être affectée par des crises ou des bouleversements contemporains.

Two women healthcare workers in surgical attire putting on protective gloves in a clinic.
Les métiers de proximité participent largement à la structure de l’emploi en Haute-Garonne. Source: Pexels. Attribution: https://kaboompics.com/. Licence: Pexels License.

Le vieillissement de la population active constitue l’un des enjeux relevés par l’agence. Dans l’aire d’attraction de Toulouse, le taux d’emploi des personnes de plus de 15 ans atteignait 67,8 % en 2021, soit trois points de plus qu’en 2006. Pour les 50 à 64 ans, il avait augmenté de 15,2 points pour atteindre 69,4 %. Sur la même période, le taux d’emploi des 15 à 24 ans avait reculé de 2,3 points.

Le rapport entre jeunes actifs et actifs expérimentés s’est inversé. En 2006, l’aire toulousaine comptait 82,7 actifs de 55 à 64 ans pour 100 jeunes actifs de moins de 25 ans. En 2021, elle en comptait 135,4 pour 100 jeunes. L’âge moyen des actifs est passé de 38,9 à 40,5 ans. Ces évolutions interrogent le renouvellement des compétences, la transmission des savoir-faire et l’adaptation des conditions de travail.

Des métiers comme les aides médico psychologiques, les conducteurs routiers et grands routiers, les aides soignants ou les professeurs des écoles sont cités parmi ceux particulièrement concernés. Les travaux de l’AUAT sur l’emploi haut garonnais permettent ainsi de replacer les secteurs médiatisés dans une structure professionnelle plus large.

Lire les indicateurs sans leur demander la même réponse

Les trois sources ne se contredisent pas, car elles ne mesurent pas le même objet. Le classement LinkedIn porte sur une dynamique de recrutements, d’offres et de mobilités. L’Insee suit l’emploi salarié régional à une date donnée et selon des définitions statistiques précises. L’AUAT analyse la composition des métiers et les transformations démographiques sur plusieurs années.

Pour comprendre l’emploi à Toulouse, il importe donc de vérifier le territoire retenu, la période étudiée et la population observée. Un résultat métropolitain ne décrit pas automatiquement la Haute-Garonne entière. Une évolution régionale ne traduit pas mécaniquement la situation de chaque commune ou de chaque filière. De même, une offre hybride ne préjuge pas des modalités d’un poste précis.

Cette lecture croisée donne un tableau moins spectaculaire mais plus utile. Toulouse combine une dynamique relevée par LinkedIn dans plusieurs secteurs, une conjoncture régionale modérée dont la Haute-Garonne ne profite pas uniformément, et une base importante de métiers de proximité. Pour suivre ces sujets, retrouvez aussi les actualités économiques locales.

Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: Christina Morillo. Licence: Pexels License.