Économie

À Toulouse, l’aéronautique entre puissance industrielle et diversification

L'aérospatiale structure profondément l'emploi toulousain, mais la sous traitance, les services et les métiers de proximité composent un paysage plus large, traversé par des besoins de renouvellement des compétences.

À Toulouse, l’aéronautique entre puissance industrielle et diversification
L'écosystème toulousain associe production aéronautique, ingénierie et activités de sous traitance.

À Toulouse, l’aéronautique occupe une place spectaculaire dans le paysage économique, sans résumer à elle seule le marché du travail local. Les données disponibles dessinent un territoire très spécialisé, où constructeurs, sous traitants, ingénierie et informatique se côtoient, tandis que les métiers de proximité restent majoritaires à l’échelle de la Haute-Garonne.

En bref

  • En Haute-Garonne, l’aérospatiale représentait 9,6 % de l’emploi total en 2022 selon l’Insee.
  • Les constructeurs ne regroupaient plus que la moitié des salariés de la filière en 2022, tandis que la sous traitance progressait.
  • Les métiers résidentiels représentent six emplois sur dix exercés par les habitants de Haute-Garonne.
  • Le vieillissement des actifs pose la question de la transmission des savoir faire dans l’aire toulousaine.

Un poids industriel construit sur plusieurs décennies

La place de l’aérospatiale autour de Toulouse s’inscrit dans une histoire longue. Selon l’analyse consacrée à la filière par l’Insee, l’ex-région Midi-Pyrénées comptait 17 000 salariés dans ce secteur en 1982, contre 81 000 en 2022. Sur la même période, le poids de la filière dans l’emploi y a triplé.

La Haute-Garonne en est le centre de gravité. En 2022, elle concentrait quatre cinquièmes de l’emploi aéronautique et la quasi totalité de l’emploi spatial de l’ancien périmètre régional étudié. La filière représentait alors 9,6 % de l’emploi total du département, contre 4,2 % quarante ans plus tôt. Dans l’industrie haut garonnaise, son poids est passé de 18 % à 52 % entre 1982 et 2022.

Cette concentration explique la visibilité de Toulouse dans l’aéronautique et le spatial. Elle ne signifie pas que toute l’activité repose sur les seules chaînes d’assemblage. L’Insee relève que l’emploi industriel dédié à l’aérospatiale a progressé de 39 000 postes dans l’ex-région Midi-Pyrénées entre 1982 et 2022, tandis que les autres branches industrielles en perdaient 42 000. Parallèlement, les services aux entreprises liés à la filière, notamment l’ingénierie et l’informatique, sont passés de 2 000 à 27 000 emplois.

La sous traitance et les services prennent davantage de place

Le modèle local ne se réduit donc pas aux constructeurs. En 2022, ceux-ci employaient la moitié des salariés de la filière, alors qu’ils en employaient sept sur dix en 1982. La progression de la sous traitance, dans l’industrie comme dans l’ingénierie et l’informatique, a été plus rapide. Un tiers des 81 000 salariés de la filière travaillait alors dans des établissements tertiaires.

Cette évolution ne fait pas disparaître la dépendance aux grands programmes industriels, mais elle élargit les activités présentes sur le territoire. L’Insee souligne que les établissements industriels sont devenus plus spécialisés dans l’aérospatiale, quand les établissements tertiaires ont au contraire diversifié leurs activités. Autrement dit, les emplois associés à la filière peuvent relever de compétences industrielles directement mobilisées pour l’aéronautique, ou de services intervenant aussi dans d’autres secteurs.

Le Journal Toulousain estime pour sa part que la filière aéronautique et spatiale représente plus de 86 000 emplois en Occitanie, avec plus de 800 sous traitants, fournisseurs et bureaux d’études. L’article cite Safran, ATR, Liebherr-Aerospace ainsi que des PME et ETI parmi les acteurs de cet ensemble. Il rapporte également une anticipation de plus de 15 000 recrutements dans le secteur d’ici 2026, attribuée à l’UIMM Occitanie. Cette projection renseigne sur les besoins évoqués à un moment donné, pas sur des embauches garanties poste par poste.

Pour suivre les sujets économiques qui touchent ce tissu local, la rubrique économie toulousaine permet de replacer les annonces sectorielles dans l’actualité du territoire.

An industrial worker manages large sheets in a manufacturing setting, focusing on precision and quality.
La sous traitance industrielle a gagné du poids dans l’emploi aérospatial régional. Source: Pexels. Attribution: Ruslan Alekso. Licence: Pexels License.

Des difficultés de production qui rappellent la sensibilité du secteur

Le dynamisme de la filière n’efface pas ses fragilités opérationnelles. Le Journal Toulousain décrit les difficultés rencontrées par Airbus en 2025, notamment des défauts sur des panneaux métalliques d’A320neo et des retards de livraisons de moteurs. L’objectif annuel de livraisons a été ramené de 820 à 790 appareils, et le groupe en a finalement livré 793.

La branche défense et espace était aussi concernée par un plan de restructuration annoncé fin 2024, prévoyant 424 suppressions de postes à Toulouse. Ces éléments rappellent que l’activité locale est exposée aux problèmes de production, aux calendriers industriels et aux décisions des grands groupes.

Le même article fait toutefois état d’un chiffre d’affaires Airbus de 73,4 milliards d’euros en 2025, d’un bénéfice net de 5,22 milliards et d’un carnet de commandes de 8 754 appareils. Pour 2026, l’avionneur visait environ 870 livraisons. Ces chiffres, rapportés par le journal, illustrent une situation contrastée : des contraintes immédiates sur la production coexistent avec un niveau de commandes important.

Recherche, formation et renouvellement des compétences

Le territoire rassemble aussi des structures de recherche, d’innovation et de formation citées par Le Journal Toulousain, parmi lesquelles Toulouse Aerospace, B612, l’IRT Saint-Exupéry, l’ONERA et l’ISAE-Supaero. L’article mentionne également Aura Aero, Ascendance Flight Technologies et H3 Dynamics. À Francazal, le Technocampus Hydrogène est présenté comme un site de 10 000 mètres carrés consacré à l’avion bas carbone, pour un investissement annoncé de 46 millions d’euros.

Ces projets témoignent d’un intérêt pour de nouvelles technologies et pour la formation associée. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer le rythme de leur déploiement industriel. L’enjeu de compétences dépasse d’ailleurs l’aéronautique. D’après les études présentées par l’AUAT sur l’emploi en Haute-Garonne, l’âge moyen des actifs de l’aire d’attraction de Toulouse est passé de 38,9 ans en 2006 à 40,5 ans en 2021.

Le rapport entre jeunes actifs et actifs expérimentés s’est inversé sur la période : en 2021, l’aire toulousaine comptait 135,4 actifs de 55 à 64 ans pour 100 actifs de moins de 25 ans. L’AUAT y voit un enjeu de renouvellement des compétences, de transmission des savoir faire et d’adaptation des conditions de travail.

Une économie départementale qui ne se limite pas à l’industrie

L’aéronautique est structurante, mais l’économie haut garonnaise est plus diverse que son image industrielle. L’AUAT indique que le département compte 650 000 emplois et que six emplois sur dix exercés par ses habitants relèvent de métiers résidentiels, comme la santé, l’éducation, le commerce, les services publics ou le petit artisanat.

Cette réalité compte pour comprendre les parcours professionnels à Toulouse. La spécialisation aérospatiale crée un écosystème dense, porté par l’industrie, les équipements, les bureaux d’études et les services. Mais les besoins quotidiens de la population soutiennent aussi une grande part de l’emploi. Les études de l’AUAT décrivent un marché qui gagne en diversité, avec des intentions d’embauche plus nombreuses, tout en soulignant que les évolutions de long terme peuvent être bousculées par les crises.

La force toulousaine tient ainsi à la fois à l’ampleur de sa filière aérospatiale et à la pluralité des métiers qui l’entourent ou s’en distinguent. Lire les chiffres selon leur périmètre, leur date et leur source reste essentiel pour apprécier une annonce de recrutement, un projet industriel ou une évolution de l’emploi local.

Photo à la une. Source: Ideogram. Attribution: Ideogram. Licence: Ideogram API Terms.